Auteur/autrice : secretariat_federal

  • Camp d’été 2026

    Camp d’été 2026

    Dans un monde où les liens sociaux se distendent et où la culture populaire et ouvrière est souvent réduite à une consommation de masse, nous faisons face à un manque criant de sociabilité et d’ancrages culturels. Le quotidien, sous l’emprise des logiques capitalistes et marchandes, nous prive souvent des moments de partage et de réflexion collective sur la transformation de notre société. La famille, l’éducation, les loisirs et le travail, soumis aux impératifs de rentabilité et de performance, laissent peu de place à l’émancipation collective et aux solidarités de quartier et de village.

    C’est dans ce contexte que nous vous invitons à venir participer à notre camp d’été syndicaliste révolutionnaire pour sa nouvelle édition. Ce camp est l’occasion d’échanger et de se former sur nos pratiques de lutte quotidienne au travail et sur notre projet de société, de vivre cinq jours de partage, d’entraide et de débats.
     

    Du mardi 11 au dimanche 16 août 2026, rejoignez nous pour une semaine d’activités, de discussions et de formations autour des thématiques essentielles de l’émancipation collective de notre classe, des loisirs, de l’éducation et du travail. Ce camp se veut inclusif et familial, car nous savons que l’émancipation passe par la solidarité intergénérationnelle. Nous vous invitons à venir seul·e ou en famille, avec vos enfants, vos ami·es, vos camarades, pour vivre cette expérience de transformation sociale.​​

    Programme

    • Des discussions et formations menées par des syndicalistes, des militant·es, des éducateur·ices, des travailleurs·es engagé·es,
    • Des ateliers militants, créatifs, des jeux collectifs, du théâtre, de la musique et plus encore,
    • Des moments de détente autour d’un feu de camp, des repas partagés et des échanges conviviaux.​​

    En pratique

    – Le camp se tiendra dans un cadre naturel, accessible en voiture. Nous pouvons également venir vous récupérer à la gare.
    – Des structures seront mises en place pour garantir l’accueil de toutes et tous dans des conditions respectueuses des besoins de chacun·e (menus adaptés, douches et WC etc.).


    Venez nombreux·ses, avec vos expériences diverses, votre énergie et votre volonté de rejoindre un projet révolutionnaire qui prépare une société libérée du capitalisme, transformée par le syndicalisme et par le travail !
     

    Réservation obligatoire en remplissant le formulaire suivant : https://framaforms.org/camp-dete-csr-2026-1769099408

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    Les Comités syndicalistes révolutionnaires

  • Interview avec des camarades catalans de embat.info

    Interview avec des camarades catalans de embat.info

    https://embat.info

    ​En français et castillan (espagnole) ci-dessous

    Pour la version catalane c’est par ici.

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    Que sont les CSR ? Est-ce une organisation ? Est-ce une tendance ? Comment cela fonctionne ?

    Les CSR souhaitent donner une orientation et des débouchés politiques aux pratiques syndicales. Nous sommes donc une organisation politique révolutionnaire du syndicalisme. Cependant, afin que nous ne soyons pas hors-sol ou en dehors du prolétariat déjà organisé en syndicats, nous apparaissons en tant que tendance syndicale, c’est-à-dire que nous agissons à l’intérieur de l’organisation de classe et non à l’extérieur comme le font les partis, les avant-gardes et toutes organisations dites « spécifiques ». L’organisation des CSR reprend le modèle fédéraliste syndical : des comités locaux pour représenter des territoires et des comités d’industrie pour représenter des branches professionnelles.

    Contrairement aux sociaux-démocrates et aux gauchistes nous ne reprenons pas la conception bourgeoise du travail, c’est-à-dire la situation d’exploitation. Nous estimons que toute activité humaine relève du travail et donc que rien ne saurait être étranger au syndicalisme. Nous ne saucissonnons donc pas le militantisme en une multitude de luttes spécifiques. Nous reprenons le schéma social de la CGT historique en gérant les questions avec les outils adaptés. Par exemple avec des commissions dans les syndicats : immigration, femmes, jeunesse, logement, handicap, sports et culture,….

    Nous défendons une stratégie et des pratiques syndicales dans l’activité quotidienne de nos organisations de classe mais aussi lors des congrès. Notre tendance assure un gros travail d’élaboration et de formation afin de pallier les faiblesses des confédérations dans ce domaine.

    Nos militants interviennent coordonnés dans la cadre de la Double besogne, c’est-à-dire que chaque action est pensée dans la dynamique de construction d’une contre société prolétarienne qui prépare la rupture révolutionnaire et la socialisation des moyens de production. La tendance sert donc de repère permanent pour garder notre autonomie politique dans le cadre du système capitaliste que nous combattons et qui essaie de nous intégrer.

    Dans quels syndicats, fédérations et territoires exercez-vous une influence ? (si tu peux le dire)

    Nous ne pouvons détailler publiquement notre implantation. En revanche, nous pouvons affirmer que nous disposons, de par nos réseaux militant-e-s, sympathisant-e-es et de contacts, de suffisamment de vision d’ensemble pour pouvoir agir, nous coordonner, sur différentes branches professionnelles (transports, construction, services publics, éducation, chimie, nettoyage, action sociale, presse-livre, métallurgie, ….) structures syndicales, localités, ainsi que d’influencer des moments clés de la vie confédérale, sociale ou lors de mobilisations en France.

    La CGT n’est-elle plus contrôlée par le PCF ? 

    Nous pensons que la CGT n’a jamais été véritablement contrôlée par le PCF mais qu’au contraire, à partir de 1923 beaucoup de syndicalistes révolutionnaires se réfugient dans le PCF afin de l’utiliser comme repli institutionnel et comme source de financement.

    Le congrès de 1924 du PCF marque la modification de la composition sociale du parti. Les SR, à tous les niveaux de l’appareil, sont désormais en poste de responsabilité. Pierre Semard, ancien membre du Comité central des CSR devient secrétaire du PC. Pierre Monatte anime le journal l’Humanité.

    C’est ce qui fera la force du PCF, de puiser ses militants dans la CGT et de profiter du savoir-faire syndicaliste et de ses connaissances. Ce qui explique aussi pourquoi aucune autre organisation affinitaire n’a réussi à développer une implantation dans la classe depuis la crise du PCF. C’était un parti créé et géré par des syndicalistes. Depuis 20 ans il a perdu cette composition de classe.

    Après la chute du bloc soviétique beaucoup de syndicalistes « communistes » ont pris leur distance du PCF. Il existe toujours des réseaux affinitaires actifs dans la CGT mais ils ne sont pas vraiment dirigés par des fractions philosophiques organisées de l’extérieur. Ils n’ont pas de ligne politique. Ainsi certaines fédérations et unions départementales sont affiliées à la FSM et développent une phraséologie d’inspiration marxiste léniniste. Mais lors du dernier congrès confédéral, la fédération de l’agroalimentaire, bastion historique de la FSM, s’est opposée à d’autres fédérations de la FSM.

    Les membres de ces réseaux, tout comme ceux d’inspiration trotskiste ou libertaire, se coordonnent ponctuellement pour renforcer leur capital culturel personnel mais ils ne portent aucune stratégie alternative. L’appartenance affinitaire, en dehors de la confédération, sert de justification à un syndicalisme d’accompagnement, radical dans l’expression et les actions mais social-démocrate puisqu’il ne développe aucune perspective concrète de rupture avec le capitalisme. Ces réseaux continuent la fonction tribunitienne du PCF, c’est-à-dire à gérer la contestation, mais dans le cadre du système.

    Chaque militant fais un choix de carrière, certains dans les institutions républicaines, dans le milieu associatif, dans le monde culturel et intellectuel, dans des entreprises « alternatives »… et d’autres dans le syndicalisme. Le PCF et ses diverses sensibilités, tout comme les autres réseaux, sont utilisés comme lieu de rencontres et de réseautage mais il n’y a aucune démarche collective vers un projet commun.

    Voyez-vous l’unification du syndicalisme français possible ?

    Le principal obstacle à l’unification demeure l’absence de perspectives. Il peut y avoir des intérêts bureaucratiques à fusionner des organisations pour maintenir des appareils fragilisés. C’est le cas avec le processus actuel de débat sur la réunification entre la FSU (principale fédération autonome de l’éducation) et la CGT. Solidaires, confrontée à une crise de développement durable, commence aussi à y réfléchir.

    Mais sans projet de société, les syndicalistes sont condamnés à subir la domination mentale et structurelle de la bourgeoisie. Quand tu n’as plus de vie sociale et que tu t’enfermes dans des relations affinitaires, que tu reproduis le mode d’existence de la bourgeoisie, que tu perçois le capitalisme comme indépassable, pourquoi voudrais tu ouvrir ton organisation syndicale aux autres ? Les syndiqués, tous comme les militants, défendent actuellement leurs intérêts immédiats, sans se projeter et se fédérer aux autres.

    C’est pourquoi nous estimons que sans dynamique de Double besogne, le syndicalisme va continuer à se décomposer entre confédérations mais aussi dans chaque confédération.

    La réunification n’est donc possible qu’en réinscrivant un projet révolutionnaire dans le développement d’une sociabilité de classe qui nous réapprend à construire notre vie collectivement. Le projet final, vers lequel nous avançons, étant une société égalitaire qui intègre tous les individus.

    Qu’est ce que le syndicalisme révolutionnaire ?


    Le syndicalisme révolutionnaire est très bien synthétisé par la Charte votée au congrès confédéral d’Amiens en 1906. On ne pourrait être plus clair et synthétique. C’est dans ce texte qu’est explicité la stratégie de la Double besogne.

    Mais c’est un texte confédéral, voté également par les réformistes qui subissent alors l’action hégémonique des révolutionnaires. Il n’aborde pas la question de la tendance syndicale. Il peut donner l’illusion que le syndicat est automatiquement révolutionnaire s’il est animé en majorité par des SR. Or nous pensons que le syndicat ne peut devenir révolutionnaire qu’en période pré-révolutionnaire, c’est-à-dire que quand il regroupe une majorité de travailleurs possédant une vision globale et détaillée de l’industrie, que cette majorité ne veut plus obéir aux pouvoirs capitalistes. Mais c’est seulement quand elle adopte un projet révolutionnaire que la situation devient révolutionnaire. C’est-à-dire une élaboration matérielle des moyens de réorganiser l’industrie. Car la révolution ce n’est pas seulement un sentiment de révolte alimenté par quelques concepts théoriques du genre « vive le communisme » (« libertaire » ou pas). Ce projet lui permet de passer à l’offensive et à assumer sa fonction gestionnaire sur les ruines du capitalisme.

    La fonction de la tendance est justement de préparer, dans les organisations de la classe, cette élaboration et cette transmission du programme politique. La confédération révolutionnaire n’est matérialisée que par un processus de fusion de la tendance SR et de la confédération de masse. Sans ces deux outils une situation pré-révolutionnaire, souvent limitée dans le temps, ne peut dépasser cette phase et laisse rapidement l’adversaire reprendre l’initiative ou alors donne automatiquement le pouvoir, privatisé, aux militants qui disposent du savoir théorique ou intellectuel. C’est la porte ouverte à la bureaucratisation comme celles qui ont marqué la Russie en 1917 et l’Espagne en 1936.

    Dans ces deux processus la tendance SR est devenue une nécessité mais trop tard. La création de l’Opposition ouvrière russe et des CSR français en 1920 et des Amis de Durruti en 1937 sont des réponses matérielles à une situation objective, au besoin d’un outil qui manquait. Mais l’élan révolutionnaire est déjà très fragilisé, ce qui amène ces tendances, encore fragiles car trop récentes, à être victimes de la répression et de la démoralisation.

    Après les manifestations contre la Loi Travail, quelle est la situation sociale en France ?

    La mobilisation contre la loi travail et contre la réforme des retraites se sont focalisées sur des manifestations massives de citoyens qui quittaient leur activité professionnelle par différents moyens (la grève mais surtout des congés, des jours de RTT, de garde d’enfants,…). Le capitalisme n’a donc été que peu déstabilisé, sauf dans quelques rares branches (le rail, l’énergie, le transport maritime).

    La faiblesse des grèves dans les professions a obligé les secteurs militants et les syndicalistes à multiplier les actions de blocages. Ils se sont substitués à l’action collective de la classe qui ne s’organisait pas en dehors des manifestations régulières et très massives.

    Cela a montré la fragilité du syndicalisme institutionnel et l’impact négatif de la Gauche qui consiste à se focaliser sur les institutions républicaines sans s’attaquer au patronat. Cette vision sociale-démocrate de la lutte des classes est partagée par toutes les sensibilités, des militants PS jusqu’à l’ultragauche.

    La nécessité de la grève se trouve fragilisée par l’individualisme qui est un obstacle à l’organisation syndicale dans les entreprises et les professions. Il apparaît donc nécessaire de recréer une conscience collective basée sur la stratégie de la Double-besogne. Nos militants sont également très investis sur des associations sportives et de quartier où nous faisons revivre une sociabilité ouvrière, non pas limitées à une affinité ou à une communauté mais ouvertes à toute la classe.

    Comment gérez-vous la montée de l’extrême droite en France ? Est-ce que cela entraîne le déclin de la classe ouvrière ?

    Les idées d’extrême droite progressent rapidement parmi les classes populaires et pas seulement dans la petite bourgeoisie qui constituait historiquement la base sociale de l’extrême droite. Heureusement, le Rassemblement national, tout comme les organisations fascistes, ont du mal à organiser leurs sympathisants. Cependant leur implantation progresse. Les jeunes prolétaires sont de plus en plus contaminés par une adhésion confuse aux thèses de l’extrême droite. Cela est d’autant plus facile que tous les secteurs de la gauche, de la social-démocratie classique aux libertaires, ont abandonné l’analyse de classe au profit d’un populisme radicalisé.

    Ils incitent leur membres à devenir des travailleurs indépendants (paysans écolos, artisans du bâtiment, auto-entrepreneurs des services, artistes en free lance, patrons de bars,…). Leur concept de « les petits contre les gros » non seulement ne clarifie pas la nature de classe de l’extrême droite, ne dénonce pas sa composition bourgeoise, mais renforce la dérive populiste.

    La stratégie idéaliste de la Gauche, basée sur des discours théoriques et des actions antifascistes déconnectées de la classe, a montré son incapacité à contre-attaquer.

    Que diriez-vous à quelqu’un qui vous dit que le syndicalisme révolutionnaire était une bonne chose il y a 100 ans, mais que maintenant – étant donné le fonctionnement de la société – il est impraticable ?

    Le capitalisme a renforcé la complexité de son organisation, dans les branches d’industrie mais aussi au niveau international. La stratégie toyotiste a volontairement cassé les équipes de travail et favorisé une externalisation basée sur l’individualisme. Pourtant le capitalisme n’a jamais été autant intégré.

    Cette complexification du capitalisme rend totalement inefficace les stratégies alternatives qui se voulaient concurrentes du SR. Ces stratégies basées sur l’Etat-nation ou sur la coordination des collectifs locaux perdent toutes perspective anticapitaliste.

    Un projet de société communiste passe nécessairement, plus qu’avant encore, sur un programme de socialisation des branches professionnelles, au niveau du local, du pays et du mondial. Il faut remettre les métiers et le travail au cœur de la stratégie révolutionnaire et abandonner les dérives activistes, idéalistes et communautaristes. C’est pourquoi les CSR ont lancé des Réseaux d’Industrie afin d’intégrer un maximum de militants dans des stratégies de syndicalisme d’industrie pour aider nos syndicats à ensuite le faire. Etape nécessaire pour créer une dynamique révolutionnaire crédible pour les prolétaires, un vrai projet de société basé sur la transformation du travail. En commençant immédiatement grâce à la Double-besogne.

    C’est aussi pourquoi les CSR désirent participer à la création d’une tendance SR internationale pour sortir de la simple publication de textes vaguement anticapitalistes, comme le font les réseaux militants internationaux, et fédérer concrètement les militants révolutionnaires sur une réflexion et une action dans leurs industries internationales.

    Cela nous semble être de l’anarcho-syndicalisme, quelle serait la différence ? Où en est l’anarcho-syndicalisme en France ?

    La Charte d’Amiens offre une stratégie qui permet l’unification organique du prolétariat, comme contre-société, comme embryon du Socialisme. Elle rappelle que cette contre-société n’est possible que s’il existe une confédération syndicale unitaire. Car bien évidemment il n’y aura pas deux Socialismes dans un même pays. Les prolétaires ne pourront gérer leurs industries avec 3 ou 10 fédérations syndicales concurrentes. Sinon on reproduira la désorganisation qui existait pendant les révolutions russes et espagnoles et qui a favorisé l’apparition rapide d’un capitalisme d’état.

    L’unité syndicale du prolétariat est l’élément central du SR. Au contraire, lors de la vague de reflux du début des années 1920, certains syndicalistes affectés par le pessimisme se sont repliés sur des logiques de création de confédérations affinitaires. La proclamation d’une adhésion à une philosophie (que cela soit à l’anarchisme ou à l’Internationale communistes à partir de 1928) a simplement justifié la division et n’a pas apporté une réflexion stratégique critique, bien au contraire.

    C’est en quoi l’anarcho-syndicalisme, tout comme le « syndicalisme communiste » sont des dérives du SR confronté alors à une décomposition du mouvement ouvrier. Ce phénomène a d’ailleurs affecté la CNT espagnole qui dans les années 1920 abandonne sa référence à la Charte d’Amiens et au SR pour se diviser en plusieurs morceaux affinitaires.

    Dans les années 1990 la France a été marquée par un développement rapide de l’anarcho-syndicalisme. La CNT s’est implantée dans certaines professions et à gagner une influence importante dans la jeunesse militante. En parallèle, les syndicats SUD, organisés dans l’Union Solidaires, ont regroupé autour de leur identité altermondialiste des dissidences syndicales et beaucoup de jeunes.

    Ces pôles de regroupement auraient pu peser sur une recomposition syndicale, proposer une réunification porteuse de remises en cause. Mais ils se sont enfermés dans une dynamique anarcho-syndicaliste et ont fini par reproduire les mêmes schémas bourgeois, avec une profusion de tensions internes, de scissions et un vide stratégique total. La référence à une philosophie a permis de recruter mais au final elle ne sert plus qu’à justifier l’existence d’organisations sans projet de société. Des milliers de jeunes sont passés par la CNT et SUD et on en retrouve énormément à des postes de responsabilité à la CGT, à gérer une pratique sociale-démocrate classique avec un discours radical et artificiel. Ils reproduisent dans la CGT leur anarcho-syndicalisme de jeunesse : gérer un morceau de l’appareil, sans aucune perspective de classe et en justifiant leur fonction tribunicienne par une référence à un groupe ou à une philosophie affinitaire.

    Beaucoup de militants sincères se sont épuisés à vouloir créer de nouvelles organisations de masse, à les construire tout en devant également produire une stratégie révolutionnaire. Débordés par le travail, ils n’ont finalement réussi à faire ni l’un ni l’autre. Cette crise du modèle anarcho-syndicaliste en France explique pourquoi la CGT continue d’attirer à elle la grande majorité des jeunes militants et jeunes prolétaires qui veulent agir syndicalement. Et ce malgré la situation très inquiétante de la CGT.

    Vous revendiquez également le syndicalisme industriel, qu’est-ce que cela signifie ?

    Le syndicalisme d’industrie est une stratégie qui repose sur l’organisation de la classe sur la branche professionnelle. Les syndicats de base ne recrutent pas en fonction du métier ou de l’institution capitaliste (privé ou publique) mais par rapport à la marchandise ou au service produit.

    Cette stratégie repose donc sur le syndicat et la fédération d’industrie. Ils sont coordonnés au niveau territorial dans des Unions Locales interprofessionnelles (les UL) et au niveau du pays dans une Confédération pour socialiser l’action.

    Le syndicalisme d’industrie n’est pas le monopole des SR. Des réformistes ou des sociaux-démocrates peuvent y voir aussi une efficacité immédiate.

    Mais pour les SR c’est un fondement car il détermine la Double besogne. Au quotidien le syndicat d’industrie unifie tous les prolétaires de la branche (en formation, privés d’emplois, précaires, en CDI et en retraite) en donnant ainsi une force de frappe et une connaissance globale de l’industrie, de chaque filière, chaque métier et chaque situation de travail. Mais surtout c’est le seul outil capable de se doter d’un programme de réorganisation de la branche. Chose que ne peuvent pas faire un groupe affinitaire, un collectif ponctuel, un comité de lutte, une coopérative,… C’est pourquoi un syndicaliste ne peut donner une dimension révolutionnaire à son action qu’en intervenant de façon organisée dans le syndicalisme d’industrie pour l’orienter vers une rupture révolutionnaire.

    Complément

    Il est régulièrement reproché aux CSR de dénoncer les organisations affinitaires. Cette affirmation est souvent un moyen pour elles d’éviter le débat que nous proposons systématiquement.

    Car nous respectons et nous appliquons la Charte d’Amiens. Les CSR sont animés par des camarades de diverses appartenances philosophiques, ce qui non seulement permet une mutualisation des expériences individuelles mais empêche également des tensions artificielles. Ils adhèrent exclusivement sur la base d’une pratique inscrite dans une démarche stratégique.

    C’est pourquoi le seul reproche que nous nous permettons d’adresser aux organisations affinitaires c’est de ne souvent pas respecter leur rôle. Un groupe affinitaire, adhérent ou non d’un parti, n’a pas fonction de mobiliser sur les questions de logement, d’exploitation capitaliste, d’éducation ou même d’appeler à la grève ! Cela n’a pas plus de sens que de vouloir enfoncer un clou avec un tournevis !

    Depuis la crise du mouvement ouvrier des années 1920, il est devenu normal que les groupes affinitaires se substituent aux organisations de masse et ce dans tous les domaines. Cela a pour résultat une inefficacité totale de leur intervention puisque leur action n’est pas en capacité de mobiliser massivement et dans la durée. Elles s’enferment dans une succession de luttes, isolées, souvent sans lendemain et sans participer à la création d’une contre société de classe. Elles favorisent ainsi une profusion de collectifs, associations ou comités gérant des problématiques partielles et alimentant automatiquement les réflexes sociaux-démocrates.

    Enfermées dans cette stratégie d’agitation permanente les groupes affinitaires n’assurent pas leur fonction d’éducation politique de base : par exemple appeler les prolétaires à se syndiquer pour se socialiser.

    Et au final les organisations affinitaires oublient de réaliser ce pourquoi elles se sont construites : réfléchir à un projet de société, à une stratégie pour y accéder, tout en popularisant leurs propositions. Dans une démarche socialiste, l’organisation affinitaire ne peut aller au-delà d’un travail de réflexion et d’éducation. Et c’est déjà beaucoup ! La transformation sociale devant nécessairement passer des organisations sociales, c’est-à-dire de masse.

    Cette rigueur nous nous l’appliquons aussi à nous. Les CSR refusent systématiquement d’intervenir directement dans les luttes quand nous estimons que nos organisations syndicales peuvent le faire. Il est hors de question de se substituer à la classe. Nous avançons des propositions dans les assemblées générales de syndiqué(e)s. Et c’est seulement si les propositions ne sont pas adaptées que nous intervenons en tant qu’organisation révolutionnaire, en sachant très bien que l’impact sera moindre.

    C’est pourquoi nous mettons l’accent sur la culture ouvrière du travail afin de se rappeler à quoi sert et comment doit être utilisé chaque outil. Il est indispensable de se réapproprier la connaissance de chacun de ces outils (confédération, syndicat, groupe affinitaire, tendance,…) si nous voulons réaliser de belles œuvres.​

    ​Entretien en castillan (espagnole)

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    ¿Qué son los CSR? ¿Es una organización? ¿Es una tendencia? ¿Cómo funcionan?

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    Los CSR desean dar una orientación y salidas políticas a las prácticas sindicales. Somos, por tanto, una organización política revolucionaria del sindicalismo. Sin embargo, para no situarnos al margen del proletariado ya organizado en sindicatos, aparecemos como una tendencia sindical, es decir, actuamos dentro de la organización de clase y no fuera de ella, como hacen los partidos, las vanguardias y todas las organizaciones llamadas « específicas ». La organización de los CSR sigue el modelo sindical federalista: comités locales para representar a los territorios y comités de industria para representar a las ramas sectoriales.

    A diferencia de los socialdemócratas y los izquierdistas, no adoptamos la concepción burguesa del trabajo, es decir, la situación de explotación. Creemos que toda actividad humana entra dentro del concepto de trabajo y, por tanto, que nada puede ser ajeno al sindicalismo. Por ello, no dividimos la militancia en una multitud de luchas específicas. Retomamos el modelo social histórico de la CGT y gestionamos los problemas con las herramientas adecuadas. Por ejemplo, con comisiones sindicales sobre inmigración, mujeres, juventud, vivienda, discapacidad, deportes y cultura, …..

    Defendemos una estrategia y una práctica sindicales en el día a día de nuestras organizaciones de clase, pero también en los congresos. Nuestra tendencia lleva a cabo una gran labor de desarrollo y formación para compensar las debilidades de las confederaciones en este ámbito.

    Nuestros militantes intervienen de forma coordinada en el marco de la Doble Tarea, lo que significa que cada acción está pensada dentro de la dinámica de construcción de una contra-sociedad proletaria que prepare la ruptura revolucionaria y la socialización de los medios de producción. La tendencia sirve así de referencia permanente para mantener nuestra autonomía política en el marco del sistema capitalista que combatimos y que intenta integrarnos.

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    ¿En qué sindicatos, federaciones y territorios tiene influencia? (si se puede decir)

    No estamos en condiciones de detallar públicamente nuestra implantación. Sin embargo, podemos decir que, a través de nuestras redes de militantes, simpatizantes y contactos, tenemos una visión de conjunto suficiente para poder actuar y coordinarnos en diferentes sectores profesionales ( transportes, construcción, servicios públicos, educación, química, limpieza, acción social, prensa y libros, metalurgia, ….), estructuras sindicales y localidades, así como para influir en momentos clave de la vida de la confederación, de la sociedad o durante las movilizaciones en Francia.


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    ¿La CGT-F ya no está controlada por el PCF?

    Creemos que la CGT nunca estuvo realmente controlada por el PCF sino que, por el contrario, a partir de 1923 muchos sindicalistas revolucionarios se refugiaron en el PCF para utilizarlo como recurso institucional y como fuente de financiación.

    El congreso del PCF de 1924 marcó un cambio en la composición social del partido. Los SR ocupan ahora puestos de responsabilidad en todos los niveles del aparato del partido. Pierre Semard, antiguo miembro del Comité Central del CSR, se convirtió en secretario del PCF. Pierre Monatte dirigió el periódico l’Humanité.

    Esta era la fuerza del PCF, que extraía sus militantes de la CGT y se beneficiaba de su saber hacer y sus conocimientos sindicales. Esto explica también por qué ninguna otra organización afín ha logrado implantarse en la clase trabajadora tras la crisis del PCF. Era un partido creado y dirigido por sindicalistas. En los últimos 20 años ha perdido esta composición de clase.

    Tras la caída del bloque soviético, muchos sindicalistas « comunistas » se distanciaron del PCF. Todavía había redes de afinidad activas en la CGT, pero en realidad no estaban dirigidas por fracciones filosóficas organizadas desde el exterior. No tienen una línea política. Algunas federaciones y sindicatos departamentales están afiliados a la Federación Sindical Mundial (FSM) y desarrollan una fraseología inspirada en el leninismo marxista. Pero en el último congreso confederal, la federación agroalimentaria, bastión histórico de la FSM, se opuso a las demás federaciones de la FSM.

    Los miembros de estas redes, como las de inspiración trotskista o libertaria, se coordinan de vez en cuando para reforzar su capital cultural personal, pero no siguen ninguna estrategia alternativa. La afiliación por afinidad, al margen de la confederación, sirve para justificar un sindicalismo de acompañamiento, radical en la expresión y la acción, pero socialdemócrata, ya que no desarrolla ninguna perspectiva concreta de ruptura con el capitalismo. Estas redes continúan la función de tribuna del PCF, es decir, gestionar la disidencia, pero en el marco del sistema. Cada militante hace una elección de carrera, algunos en instituciones estatales, en el voluntariado, en el mundo cultural e intelectual, en empresas « alternativas »… y otros en el sindicalismo. El PCF y sus diversas sensibilidades, al igual que las demás redes, se utilizan como lugar de encuentro y de trabajo en red, pero no existe un movimiento colectivo hacia un proyecto común.

    ¿Veis posible la unificación del sindicalismo francés?

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    El principal obstáculo para la unificación sigue siendo la ausencia de perspectivas. Puede haber intereses burocráticos en fusionar organizaciones para mantener aparatos debilitados. Es el caso del actual debate sobre la reunificación entre la FSU (Federación Sindical Unitaria) (principal federación autónoma de enseñanza) y la CGT. Solidaires, enfrentada a una crisis de desarrollo duradero, también empieza a pensar en ello.

    Pero sin proyecto de sociedad, los sindicalistas están condenados a sufrir la dominación mental y estructural de la burguesía. Cuando ya no hay vida social y te encierras en relaciones de afinidad, cuando reproduces el modo de existencia de la burguesía, cuando percibes el capitalismo como insuperable, ¿para qué vas a querer abrir tu organización sindical a los demás? Los sindicalistas, como los activistas, defienden actualmente sus intereses inmediatos, sin proyectarse ni federarse con los demás.

    Por eso creemos que sin una dinámica de Doble Tarea, el sindicalismo seguirá fragmentándose entre confederaciones, pero también dentro de cada confederación. Por lo tanto, la reunificación sólo es posible reinscribiendo un proyecto revolucionario en el desarrollo de una sociabilidad de clase que nos enseñe a construir nuestras vidas colectivamente. El proyecto último, hacia el que avanzamos, es una sociedad igualitaria que incluya a todos los individuos.

    ¿Qué es el sindicalismo revolucionario?

    El sindicalismo revolucionario se resume muy bien en la Carta adoptada en el Congreso Confederal de Amiens de 1906. No puede ser más clara y concisa. Es en este texto donde se explica la estrategia de la Doble Tarea.

    Pero se trataba de un texto confederal, votado también por los reformistas, que sufrían entonces la acción hegemónica de los revolucionarios. No abordaba la cuestión de las tendencias sindicales. Podía dar la ilusión de que el sindicato era automáticamente revolucionario si la mayoría de sus miembros eran SR. Pero creemos que el sindicato sólo puede volverse revolucionario en un período prerrevolucionario, es decir, cuando reúne a una mayoría de trabajadores con una visión global y detallada de la industria, cuando esta mayoría ya no quiere obedecer a los poderes capitalistas. Pero sólo cuando se adopta un proyecto revolucionario la situación se convierte en revolucionaria. Es decir, una elaboración material de los medios para reorganizar la industria. Porque la revolución no es sólo un sentimiento de revuelta alimentado por algunos conceptos teóricos como « viva el comunismo » (libertario o no). Es un proyecto que le permite pasar a la ofensiva y asumir su papel de dirección sobre las ruinas que deja el capitalismo.

    La función de la tendencia es precisamente preparar, en las organizaciones de clase, esta elaboración y transmisión del programa político. La confederación revolucionaria sólo se materializa mediante un proceso de fusión de la tendencia SR y de la confederación de masas. Sin estas dos herramientas, una situación prerrevolucionaria, a menudo limitada en el tiempo, no puede superar esta fase y permite rápidamente al adversario retomar la iniciativa o cede automáticamente el poder, privatizado, a los militantes que poseen los conocimientos teóricos o intelectuales. Esto abre la puerta a una burocratización como la que marcó a Rusia en 1917 y a España en 1936.

    En ambos procesos, la tendencia SR se convirtió en una necesidad, pero demasiado tarde. La creación de la Oposición Obrera Rusa y de los CSR franceses en 1920 y de los Amigos de Durruti en 1937 fueron respuestas materiales a una situación objetiva, a la necesidad de una herramienta que faltaba. Pero el impulso revolucionario era ya muy frágil, lo que hizo que estas tendencias, aún frágiles por ser demasiado nuevas, fueran víctimas de la represión y la desmoralización.

    Tras las protestas de la Loi du Travail, ¿cómo está la situación social en Francia?

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    La movilización contra la Ley del Trabajo y contra la reforma de las pensiones se centró en manifestaciones masivas de ciudadanos que abandonaron sus puestos de trabajo por diversos medios (huelgas, pero sobre todo permisos, días libres, guarderías, etc.). Así pues, el capitalismo sólo se desestabilizó ligeramente, salvo en algunos sectores poco frecuentes ( ferrocarriles, energía, transporte marítimo). La debilidad de las huelgas en las profesiones obligó a los sectores militantes y a los sindicalistas a multiplicar las acciones de bloqueo. Ocuparon el lugar de la acción colectiva de la clase, que no se organizó fuera de las manifestaciones masivas programadas.

    Esto demostró la fragilidad del sindicalismo institucional y el impacto negativo de la izquierda, que consiste en centrarse en las instituciones del Estado sin atacar a la patronal. Esta visión socialdemócrata de la lucha de clases es compartida por todos, desde los militantes del PS hasta la ultraizquierda. La necesidad de la huelga se ve debilitada por el individualismo, que es un obstáculo para la organización sindical en las empresas y las profesiones.

    Por tanto, parece necesario recrear una conciencia colectiva basada en la estrategia de la Doble Tarea. Nuestros militantes están también muy implicados en las asociaciones deportivas y de barrio, donde reavivamos una sociabilidad obrera que no se limita a una afinidad o a una comunidad particular, sino que está abierta a toda la clase trabajadora.

    ¿Cómo lleváis el auge de la extrema derecha en Francia? ¿Arrastra a la clase trabajadora?
     

    Las ideas de extrema derecha se están abriendo paso rápidamente entre la clase trabajadora, y no sólo entre la pequeña burguesía que históricamente ha constituido la base social de la extrema derecha. Afortunadamente, el Rassemblement National, al igual que las organizaciones fascistas, tiene dificultades para organizar a sus partidarios. Sin embargo, su número aumenta. Los jóvenes proletarios están cada vez más contaminados por una adhesión confusa a las tesis de la extrema derecha. Esto se ve facilitado por el hecho de que todos los sectores de la izquierda, desde la socialdemocracia clásica hasta los libertarios, han abandonado el análisis de clase en favor de un populismo radicalizado. Animan a sus miembros a convertirse en autónomos (eco-agricultores, artesanos de la construcción, proveedores de servicios, artistas freelance, dueños de bares, etc.). Su concepto de « los pequeños contra los grandes » no sólo no aclara la naturaleza de clase de la extrema derecha ni denuncia su composición burguesa, sino que refuerza la deriva populista.

    La estrategia idealista de la izquierda, basada en discursos teóricos y acciones antifascistas desconectadas de la clase, ha demostrado su incapacidad para contraatacar.

    ¿Qué le diríais a quien os dice que el SR estaba bien para hace 100 años, pero que ahora -dado como funciona la sociedad- es impracticable?
     

    El capitalismo ha incrementado la complejidad de su organización, tanto dentro de las industrias como a escala internacional. La estrategia toyotista ha roto deliberadamente los equipos de trabajo y ha fomentado la subcontratación basada en el individualismo. Sin embargo, el capitalismo nunca ha estado tan fuerte.

    Este aumento de la complejidad del capitalismo hizo totalmente ineficaces las estrategias alternativas que pretendían competir contra el SR. Estas estrategias, basadas en el Estado-nación o en la coordinación de colectivos locales, pierden toda perspectiva anticapitalista.

    Un proyecto de sociedad comunista depende, más que nunca, de un programa de socialización de los sectores profesionales, a escala local, nacional y mundial. Hay que volver a situar los oficios y el trabajo en el centro de la estrategia revolucionaria y abandonar las derivas activistas, idealistas y sectarias. Por ello, los CSR han lanzado las Redes de Industria para implicar al mayor número posible de sindicalistas en las estrategias del sindicalismo de base y ayudar luego a nuestros sindicatos a hacerlo. Este es un paso necesario para crear una dinámica revolucionaria creíble para el proletariado, un verdadero proyecto de sociedad basado en la resignificación del trabajo. Empezando inmediatamente por la Doble Tarea.

    Esta es también la razón por la que los CSR desean participar en la creación de una tendencia SR internacional que vaya más allá de la simple publicación de textos vagamente anticapitalistas, como hacen las redes internacionales de militantes, y que federe de manera concreta a los militantes revolucionarios en torno a la reflexión y la acción en sus industrias a nivel internacional.

    Esto nos suena a anarcosindicalismo, ¿cuál sería la diferencia? ¿Cuál es el estado del anarcosindicalismo en Francia?
     

    La Carta de Amiens ofrece una estrategia para la unificación orgánica del proletariado, como contra-sociedad, como embrión del Socialismo. Nos recuerda que esta contra-sociedad sólo es posible si existe una confederación sindical unitaria. Porque, evidentemente, no puede haber dos Socialismos en un mismo país. Los proletarios no podrán gestionar sus industrias con 3 o 10 federaciones sindicales en competencia. De lo contrario reproduciremos la desorganización que existió durante las revoluciones rusa y española y que favoreció la rápida aparición del capitalismo de Estado.

    La unidad sindical del proletariado es el elemento central del SR.

    Por el contrario, durante la ola de decadencia de principios de los años 20, algunos sindicalistas afectados por el pesimismo se replegaron en la lógica de la creación de confederaciones de afinidad. La proclamación de la adhesión a una filosofía determinada (ya fuera el anarquismo o la Internacional Comunista a partir de 1928) no hacía más que justificar la división y no aportaba ninguna reflexión estratégica crítica, sino todo lo contrario.

    Por eso el anarcosindicalismo, como el « sindicalismo comunista », fue una rama del SR, que se enfrentó entonces a la descomposición del movimiento obrero. Este fenómeno afectó también a la CNT española, que en los años veinte abandonó a la Carta de Amiens como referente y al SR y se escindió en varias afinidades.

    En los años 90, Francia se caracterizó por un rápido desarrollo del anarcosindicalismo. La CNT se implanta en ciertas profesiones y adquiere una influencia significativa entre los jóvenes activistas. Al mismo tiempo, los sindicatos SUD (solidarios, unitarios y democráticos), organizados en la Unión sindical Solidaires (Solidarios), agruparon a los disidentes sindicales y a muchos jóvenes en torno a su identidad antiglobalización.

    Estos polos de agrupación podrían haber influido en la recomposición sindical, proponiendo una reunificación que hubiera cuestionado la actualidad. Pero se encerraron en una dinámica anarcosindicalista y acabaron reproduciendo los mismos esquemas burgueses, con profusión de tensiones internas, escisiones y un vacío estratégico total. La referencia a una filosofía ayudó a reclutar gente, pero al final sólo sirvió para justificar la existencia de organizaciones sin visión global de la sociedad. Miles de jóvenes han pasado por la CNT y la SUD, y muchos de ellos ocupan ahora puestos de responsabilidad en la CGT, gestionando una práctica socialdemócrata clásica con un discurso radical y artificial. Reproducen en la CGT el anarcosindicalismo de su juventud: gestionando una pieza del aparato, sin ninguna perspectiva de clase y justificando su función de tribunos mediante una mención a un grupo o a una filosofía de afinidad.

    Muchos militantes sinceros se han agotado intentando crear nuevas organizaciones de masas, construyéndolas al mismo tiempo que tenían que elaborar una estrategia revolucionaria. Abrumados por su trabajo, acabaron siendo incapaces de hacer ni lo uno ni lo otro. Esta crisis del modelo anarcosindicalista en Francia explica porque la CGT sigue atrayendo a la gran mayoría de los jóvenes militantes y jóvenes proletarios que quieren implicarse en el sindicalismo. Y ello a pesar de la muy preocupante situación de la CGT.

    También reivindicáis el sindicalismo de industria, ¿qué quiere decir?
     

    El sindicalismo de industria o de base es una estrategia basada en la organización de la clase sobre la base del sector profesional. Los sindicatos de base no reclutan en función de la profesión o de la institución capitalista (privada o pública), sino en función de la mercancía o del servicio producido.

    Por tanto, esta estrategia se basa en el sindicato y la federación de industria. Se coordinan a nivel territorial en uniones locales interprofesionales (UL) y a nivel nacional en una Confederación para socializar la acción.

    El sindicalismo de industria no es monopolio de los SR. Los reformistas y los socialdemócratas también pueden ver su eficacia inmediata.

    Pero para los SR es fundamental, porque establece la Doble Tarea. En el día a día, el sindicato de industria reúne a todo al proletariado del sector (a los que están en formación, a los que están en paro, a los que tienen contratos precarios, a los que tienen contratos indefinidos y a los que están jubilados), lo que le confiere una fuerza de huelga y un conocimiento global de la industria, de cada sector, de cada oficio y de cada situación laboral. Sobre todo, es la única herramienta capaz de elaborar un programa de reorganización de la industria. Por eso un sindicalista sólo puede dar una dimensión revolucionaria a su acción interviniendo de forma organizada en el sindicalismo de industria para orientarlo hacia una ruptura revolucionaria.

    Información complementaria :

    A menudo se critica a los CSR por denunciar a las organizaciones de afinidad. Con frecuencia es una forma de evitar el debate que proponemos sistemáticamente. Respetamos y aplicamos la Carta de Amiens. Los CSR están gestionados por camaradas de distintas procedencias filosóficas, lo que no sólo permite poner en común las experiencias individuales, sino también evitar tensiones artificiales. Se unen exclusivamente sobre la base de una práctica que forma parte de un planteamiento estratégico.

    Por eso, la única crítica que podemos hacer a las organizaciones de afinidad es que a menudo no respetan su papel. No es el papel de un grupo de afinidad, sea o no miembro del partido, movilizarse sobre cuestiones de vivienda, explotación capitalista, educación ¡o incluso convocar una huelga! No tiene más sentido que intentar clavar un clavo con un destornillador.

    Desde la crisis del movimiento obrero en los años 20, era normal que los grupos de afinidad sustituyeran a las organizaciones de masas en todos los ámbitos. El resultado es que sus acciones son totalmente ineficaces, ya que no son capaces de movilizar a un gran número de personas a largo plazo. Se encierran en una sucesión de luchas aisladas, a menudo sin futuro y sin participar en la creación de una contra-sociedad de clases. Fomentan así una profusión de colectivos, asociaciones o comités que se ocupan de cuestiones parciales y alimentan automáticamente los reflejos socialdemócratas.

    Encerrados en esta estrategia de agitación permanente, los grupos de afinidad no cumplen su función de educación política básica: por ejemplo, llamando al proletariado a afiliarse a los sindicatos para socializar.

    Al final, las organizaciones de afinidad se olvidan de hacer aquello para lo que fueron creadas: pensar una visión de la sociedad y una estrategia para llegar a ella, al tiempo que popularizan sus propuestas. En un planteamiento socialista, la organización de afinidad sólo puede llegar hasta cierto punto en su labor de reflexión y educación. ¡Y ya es mucho! La transformación social debe pasar necesariamente por las organizaciones sociales, es decir, por las organizaciones de masas.

    Nos aplicamos el mismo rigor. Nos negamos sistemáticamente a intervenir directamente en las luchas cuando creemos que nuestras organizaciones sindicales pueden hacerlo. No podemos reemplazar a la clase trabajadora. Presentamos propuestas en las asambleas generales de sindicatos. Y sólo si las propuestas no se adaptan intervenimos como organización revolucionaria, sabiendo muy bien que el impacto será menor.

    Por eso hacemos hincapié en la cultura obrera del trabajo, para que recordemos para qué sirve cada herramienta y cómo deben utilizarse. Es imprescindible reapropiarse del conocimiento de cada una de estas herramientas (confederación, sindicato, grupo de afinidad, tendencia, etc.) si queremos obtener buenos resultados.

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  • Le label syndical a-t-il un avenir ?

    Le label syndical a-t-il un avenir ?

    Une invention américaine empreinte de xénophobie​

    ​Le label syndical n’a pas vu le jour sur le Vieux Continent, mais de l’autre côté de l’Atlantique, aux États-Unis. Et s’il est né avec des ambitions sociales, il est aussi, surtout, l’expression de la xénophobie qui pouvait alors gangréner une partie de la classe ouvrière américaine. Car le premier label syndical ne visait rien d’autre qu’à enrayer le recours, par les patrons, à une main-d’œuvre étrangère, immigrée, payée à bas coût. Ce sont les cigariers de San Francisco qui en sont à l’origine. Organisés au sein de l’Association des cigariers de la côté Pacifique, ils proposent, en 1875, aux patrons qui n’employaient que des cigariers blancs d’apposer sur leurs produits une mention indiquant que « les cigares contenus dans cette boîte ont été fabriqués par des hommes blancs ». Avec ce label, l’association entend limiter le recours aux ouvriers chinois, payés deux fois moins que les Blancs et nombreux dans la ville.

    ​Les cigariers de Saint-Louis imitent leurs confrères de San Francisco en 1879 en créant aussi leur label. Ils se distinguent toutefois de l’association californienne en évitant toute mention raciale et xénophobe, leur label stipulant simplement que les cigares ont été fabriqués au prix demandé et dans des conditions décentes. L’on parle alors de « label bleu », et non plus de « label blanc ». En 1880, l’Union internationale des cigariers d’Amérique adopte, lors de sa convention à Chicago, le label bleu, dont la promotion est faite dans les rues par voie de tracts informant les potentiels consommateurs que « les cigares sans label bleu sont positivement dangereux ».

    ​Le label syndical s’invite alors dans d’autres professions, notamment sous l’impulsion de l’organisation des Chevaliers du travail (Knights of Labor), qui vont n’avoir de cesse de le présenter comme l’un des meilleurs outils à la disposition de la classe ouvrière pour défendre ses intérêts. Les ouvriers de la chaussure, de la chapellerie, de la typographie vont, à leur tour, créer leur label syndical. Si les succès sont variables d’une profession à l’autre, le label syndical va néanmoins s’imposer dans l’imaginaire syndicaliste américain, et c’est tout naturellement que la Fédération américaine du travail (AFL), à sa création en 1886, le reprend à son compte, l’associant, en toute logique, à la pratique du boycott.

    La Fédération du Livre, précurseure du label syndical en France

    En France, le label syndical n’a pas connu le même succès qu’outre-Atlantique, si ce n’est dans un secteur professionnel bien particulier, celui du Livre. Sans doute, d’ailleurs, parce que l’homme qui en fut à l’initiative, Auguste Keufer, fut pendant longtemps le secrétaire général de la puissante Fédération française des travailleurs du Livre de la CGT (FFTL, aujourd’hui Filpac). Quand il embarque pour les États-Unis, en 1883, ce compositeur-typographe est alors simple délégué de son entreprise, L’Imprimerie, envoyé à Boston pour participer à l’exposition universelle et y observer de près les innovations technologiques amenées à bouleverser le monde de l’imprimerie dans les prochaines années.

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    C’est donc surtout une pratique syndicale qu’Auguste Keufer ramène en France, celle du label ouvrier. Ce sera l’un des grands combats de son engagement militant, auquel il consacrera même une brochure spécifique, publiée en 1912, L’Usage du label dans l’industrie du livre en France, rédigée à partir d’un rapport lu à la première conférence internationale de la Ligue sociale d’acheteurs, à Genève, en 1908. Convaincu et convainquant, l’idée du label syndical s’impose dans sa fédération et, en septembre 1895, le congrès typographique de Marseille décide que les militants de la FFTL devront œuvrer auprès des employeurs pour qu’ils apposent sur leurs publications une mention stipulant, si c’est le cas, qu’elles ont été fabriquées par des ouvriers payés au tarif syndical. En 1902, à Paris, cette mention prendra la forme d’une vignette, dessinée par la Chambre syndicale typographique parisienne, ancêtre de la célèbre marque syndicale de la Fédération du Livre que l’on connaît encore aujourd’hui.

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    Très tôt, Auguste Keufer et, avec lui, la FFTL portent la question du label syndical dans l’ensemble de la CGT, au niveau confédéral, où il faudra plusieurs années avant que la reconnaissance de la pertinence de cette pratique n’advienne. En 1900, lors du congrès confédéral de Paris, les délégués décident que la CGT doit faire valoir la pratique du label syndical et propose qu’elle se dote d’un « comité général des marques syndicales » et de son journal dédié, La Marque syndicale. Mais ces décisions, jamais mises en œuvre, restent symboliques et la bataille pour le label syndical ne dépassera jamais vraiment le cadre du Livre, même si quelques autres professions s’y essaient (les boulangers et les coiffeurs, notamment). Tout juste une affiche-label est-elle créée, en 1902, reprenant l’idée d’un label confédéral unique, à apposer « à la boutique des commerçants et des patrons acceptant les conditions syndicales », pour faire « connaître à la clientèle ouvrière que, de préférence, elle doit aller dans ces maisons », selon les recommandations de la CGT. 

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    Surtout, le label syndical se retrouve rapidement au cœur d’une bataille dans la CGT pour savoir à quelle échelle il doit être géré : au niveau confédéral, fédéral ou syndical ? Doit-il être la propriété d’un syndicat, d’une fédération ou de la confédération ? Chacun défend son pré carré : la confédération souhaite un label confédéral, la fédération un label fédéral. Et, de fait, la vignette de la marque syndicale de la FFTL à Paris évite soigneusement de mentionner son appartenance à la CGT…

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    Le congrès confédéral de Bourges, en 1904, opte pour la création d’un label confédéral, mais la FFTL ignore cette décision, maintenant son label avec son propre dessin, sans mention explicite de son affiliation à la CGT. Il faut attendre 1906 pour que la FFTL accepte enfin de mettre en avant son affiliation confédérale, en dessinant une nouvelle vignette, au centre de laquelle se trouve désormais le logo confédéral (la mappemonde avec les deux mains qui se serrent). En 1921, après la scission dans la CGT et la création de la CGTU, estampillée « révolutionnaire », la Fédération unitaire du Livre dessine son propre label, sur lequel apparaît encore plus clairement la référence à la confédération, le sigle « CGT » étant ajouté sous la mappemonde. 

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    Bien « qu’imposer la marque syndicale n’a pas besoin des édiles municipaux ni de la bienveillance préfectorale », selon J. Maynier, délégué typographe au congrès confédéral de Rennes en 1898, le label syndical fait son entrée dans le Code du travail, le 12 mars 1920. L’article L. 413-1 stipule alors : « Les syndicats peuvent déposer […] leurs marques ou labels. Ils peuvent, dès lors, en revendiquer la propriété exclusive […]. Les marques ou label peuvent être apposés sur tout produit ou objet de commerce pour en certifier l’origine et les conditions de fabrication. Ils peuvent être utilisés par tous les individus ou entreprises mettant en vente ces produits. » Deux ans après, en 1922, la FFTL fait les comptes : 162 entreprises ont obtenu le label syndical à Paris et 258 en régions.

    Du label syndical au contrôle syndical de l’embauche

    Garantie salariale, la marque syndicale est aussi, pour la FFTL, la porte d’entrée vers l’établissement progressif d’un contrôle syndical de l’embauche, notamment, et surtout, dans la presse parisienne. Un journal labellisé est ainsi fabriqué par des ouvriers payés au tarif syndical, certes, mais aussi syndiqués. En cela, la marque syndicale permet le renforcement des syndicats ouvriers et donne aux employeurs la garantie d’avoir de bons professionnels, des ouvriers formés (typographes, correcteurs, clicheurs, rotativistes, etc.), les syndicats du Livre ayant toujours été à la pointe des combats pour la défense des qualifications et des métiers, allant jusqu’à créer et animer leurs propres écoles professionnelles.

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    Le contrôle syndical de l’embauche dans le Livre s’ancrera vraiment, officiellement, dans la profession en 1945, après un accord passé entre le Syndicat général du Livre et Francisque Gay, alors directeur de la presse au secrétariat général de l’information dans le gouvernement provisoire de la République française. Un accord qui donne toute latitude au syndicat pour constituer lui-même les équipes de travail dans les imprimeries, en échange d’une garantie de pouvoir fournir et adapter la main-d’œuvre selon les aléas de la production et de la charge de travail (qui, en presse quotidienne, est soumise à bien des changements d’un jour à l’autre). Une pratique qui a encore cours dans les ateliers des imprimeries de la presse parisienne, aujourd’hui.

    Une pratique syndicale réformiste ou révolutionnaire ?

    Aux États-Unis comme en France, le label syndical est un héritage du syndicalisme réformiste, dont Auguste Keufer était l’un des plus grands représentants à la CGT. Si, entre 1902 et 1909, le syndicalisme révolutionnaire, alors installé à la direction de la confédération, a pu être un allié objectif du syndicalisme réformiste pour mettre en échec les volontés de prédation partidaire des guesdistes (partisans de la soumission de l’organisation syndicale au parti socialiste), ces deux conceptions n’en ont pas moins été souvent en conflit dans la CGT, sur ses orientations notamment. Essentiellement porté par la FFTL d’Auguste Keufer, le label syndical a été critiqué par certains syndicalistes révolutionnaires, qui voyaient d’un mauvais œil une pratique basée sur la cogestion plutôt que l’affrontement de classe et qui lui préféraient la grève, le boycott et le sabotage.

    De fait, le label syndical n’est pas, en soi, une expression révolutionnaire et, une fois le succès rencontré, il porte aussi les germes de dérives cogestionnaires qui peuvent installer le syndicalisme dans des dynamiques qui l’éloignent de la lutte des classes et l’enferment dans un paritarisme stérile pour l’émancipation. Il n’en reste pas moins un outil précieux pour les luttes du quotidien et il a toute sa place dans ce que les syndicalistes révolutionnaires eux-mêmes ont appelé « la double besogne », c’est-à-dire la conjugaison des batailles syndicales quotidiennes (réformistes) et les perspectives de transformation profonde de la société.

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    Le label syndical s’est aussi révélé être un outil efficace pour construire le syndicat et le renforcer, notamment s’il parvient à imposer un contrôle syndical de l’embauche, puisque, dès lors, se syndiquer devient un préalable à l’obtention d’un travail. Un renforcement du syndicat qui, s’il s’accompagne d’orientations audacieuses et de pratiques combatives, peut vite se traduire par un renforcement des droits des travailleurs de la profession et permettre d’organiser des ripostes crédibles et efficaces dans le cadre des conflits sociaux. Si, en outre, le syndicat mène correctement son devoir de formation syndicale auprès de ses adhérents, il se pose aussi en espace contre-culturel fort, capable de proposer d’autres sociabilités que celles imposées par la société capitaliste, d’ouvrir sur d’autres horizons et de cultiver des espérances de justice sociale, même chez celles et ceux qui ne se sont syndiqués que pour avoir du travail. Enfin, le contrôle syndical de l’embauche, s’il peut certes sombrer dans la cogestion pure et simple, peut aussi incarner une forme première de contrôle ouvrier sur les ateliers, ce qui, lorsque l’on nourrit des ambitions de réorganisation révolutionnaire de l’économie, de réappropriation des moyens de production, n’est pas à négliger.

    Le label syndical, toujours d’actualité ?

    Pour les travailleurs et les travailleuses, les intérêts du label syndical sont multiples, y compris au XXIe siècle.

    À une époque où l’image est au cœur de bien des enjeux, le label syndical peut trouver un écho, notamment sur les questions d’exigence de qualité et de maîtrise des savoir-faire, du moins dans certaines professions. Proposer aux employeurs de dorer l’image de leur marque, de leur entreprise par un label qui garantit la qualité des productions ou des services, en échange de garanties sur les salaires, les conditions de travail et le respect des métiers est une façon originale de revendiquer, et sans doute pertinente à une époque où les équipes syndicales se réduisent, limitant les débouchés des rapports de force classiques et de certaines pratiques, notamment la grève. C’est aussi une façon d’instaurer une sorte de contrôle syndical sur les questions de formation professionnelle et de défense des qualifications, essentielles aujourd’hui à l’heure où, dans nombre de professions, le capital lance une offensive contre les métiers pour, outre les impératifs de rationalisation économique qu’il se fixe, liquider ce qu’ils portent socialement – les statuts – et culturellement – culture du collectif, traditions de lutte, etc.

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    En ce sens, le label syndical est aussi un projet que l’on pourrait porter dans le cadre des luttes pour le salariat qui secouent les secteurs de l’économie ubérisés, de la livraison de repas à la correction de livres, en passant par le transport de voyageurs. Que les travailleurs qui concourent à la fabrication du produit ou à la réalisation d’un service travaillent sous le statut de salarié pourrait très bien figurer dans les critères d’attribution du label. Une sorte de responsabilité sociale de l’entreprise sous contrôle syndical direct. Des réflexions sont en cours aujourd’hui à la CGT à ce sujet, en particulier au Syndicat général du Livre et de la Communication écrite, où, à défaut d’une revitalisation de la vieille marque syndicale de la fédération (toujours apposée sur certains quotidiens nationaux), la section des correcteurs travaille sur la création d’un label garantissant à la fois le respect du métier de correcteur dans la chaîne de fabrication des livres et les bonnes conditions sociales dans lesquelles il s’est exercé : salariat, respect des grilles tarifaires et des cadences.

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    Enfin, le label syndical doit aussi s’accompagner de son petit frère, le boycott. À défaut de pouvoir « marquer » les entreprises qui respectent les critères syndicaux, l’on peut toujours pointer du doigt, « mettre à l’index », comme l’on disait autrefois, celles dont les employeurs se comportent en voyous, ignorant le Code du travail, les accords collectifs, bafouant les droits syndicaux. Les afficher sur Internet, dans la presse, en manifestant devant leurs sièges pour faire appel au pouvoir de nuisance qu’ont les consommateurs, les clients, est une arme souvent efficace, de nos jours, alors que, comme dit précédemment, beaucoup misent cher sur leur image. Les syndicats et les fédérations de travailleurs et de travailleuses devraient tenir à jour des sortes de listes, accessibles sur leurs sites Internet, d’entreprises de la profession à boycotter.

    Syndicalisme d’industrie et unité syndicale

    Label syndical et boycott forment une action syndicale qui repose sur le pouvoir des consommateurs, mobilisé par les travailleurs et les travailleuses pour défendre leurs intérêts de classe et leurs métiers. Tous deux exigent du syndicat qui les porte de développer une réflexion non plus à l’échelle d’une entreprise, mais d’une profession dans son ensemble, avec tous ses métiers et ses secteurs d’intervention. En cela, label syndical et boycott n’ont de sens que dans un syndicalisme d’industrie ; les syndicats d’entreprise, repliés sur leur lieu de travail, n’ont aucune capacité à pouvoir s’en saisir. Aussi toute réflexion à ce sujet doit-elle s’accompagner d’une réflexion globale sur la structuration du syndicalisme (quels champs professionnels et géographiques pour quelles structures ?), et de la CGT en particulier.

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    L’on doit aussi s’interroger sur la question de l’unité syndicale. La marque syndicale de la FFTL a été créée et s’est développée à une époque où le syndicalisme confédéré, très jeune, ne connaissait pas encore la division syndicale, et il est fort probable qu’elle n’aurait pas pu voir le jour dans un contexte d’éclatement du mouvement en plusieurs confédérations concurrentes. D’ailleurs, le contrôle syndical de l’embauche dans le Livre a été contesté dès lors que d’autres confédérations ont souhaité s’implanter dans la profession – Force ouvrière (FO) et la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) pour ne pas les nommer, qui allèrent jusqu’à porter l’affaire devant les tribunaux et le gouvernement. Tant que l’on continuera à se satisfaire de la division syndicale, du moins à faire avec sans penser à aucune recomposition unitaire – souvent plus par peur de perdre sa place ou son identité que par réels désaccords politiques –, l’on affaiblira les dynamiques syndicales et l’on peinera à construire les rapports de force nécessaires à la (re)conquête de (nouveaux) droits, autant dans les entreprises qu’à l’échelle d’une profession ou du pays. C’est valable pour le label syndical comme pour bien d’autres choses…

    Guillaume Goutte

    Pour aller plus loin (sources pour la partie histoire de l’article) :

    – Jean-Pierre Le Crom, « Le label syndical », Les Acteurs de l’histoire du droit du travail, Presses universitaires de Rennes, p. 297-309, 2004.

    – Michel Henry, Le Label syndical, Institut CGT d’histoire sociale du Livre parisien, 2011. 

    – Paul Chauvet, Les Ouvriers du Livre et du journal, Les Éditions ouvrières, 1971. 

    – Roger Dédame, Une histoire des syndicats du Livre, ou les avatars du corporatisme dans la CGT, Rivages des Cantons, 2010.